‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 46 sur 180 · XV

XV

Mais Pétrarque, déjà passé au parti de l'empereur, vit périr Rienzi avec indifférence.

Charles VI descendait alors en Italie. «La joie me coupe la parole, lui écrit Pétrarque; peu importe que vous soyez né en Allemagne, pourvu que vous soyez né pour l'Italie.» Invité par l'empereur à venir conférer avec lui, Pétrarque accourut à Mantoue. Le récit du long entretien de l'empereur et de Pétrarque prouve que l'empereur était aussi lettré que Pétrarque était politique. «Il me raconta toutes les circonstances de ma propre vie, dit Pétrarque dans la lettre où il écrit cet entretien, comme s'il eût été moi-même; il me conjura de venir à Rome avec lui. Denys ne reçut pas mieux Platon, ajoute le poëte, mais le poëte préféra son loisir et sa solitude à la gloire d'installer _César à Rome!_»

Charles VI, prince plus pacifique qu'ambitieux, négocia à Mantoue une paix facile, par la médiation de Pétrarque, entre lui et les Visconti. L'empereur se contenta de recevoir la couronne de fer à Milan, la couronne de césar à Rome. Vaines cérémonies qui signifiaient l'empire, mais qui ne le donnaient pas. Pétrarque, indigné de cette faiblesse, écrit de Milan à l'empereur une lettre pleine d'objurgations et presque d'outrages sur sa lâcheté et sur son retour ignominieux en Allemagne.

«Allez, lui dit-il, emportez des couronnes vides et des titres risibles en Allemagne! L'Italie était à vous, et vous ne pensez qu'à rentrer dans votre Bohême! On m'a apporté de votre part une médaille antique qui représente l'image de César; si cette médaille avait pu parler, que ne vous aurait-elle pas dit pour vous empêcher de faire une retraite si honteuse! Adieu, César! Comparez ce que vous perdez avec ce que vous allez retrouver en Bohême!»