XX
C'est à peu près à cette époque qu'il adressa au nouveau pape Urbain V, pontife enfin selon son coeur, une lettre véritablement cicéronienne pour le décider à rétablir le siége du pontificat à Rome. Urbain V fît commenter et publier cette lettre de Pétrarque comme un manifeste diplomatique, et partit enfin pour Rome avec toute sa cour.
La mort du fils de Francesca de Brossano, sa fille, corrompit un moment pour lui toute cette joie du rétablissement du saint-siége à Rome.
«Hélas! écrit-il auprès de ce berceau vide, cet enfant me ressemblait si parfaitement que quelqu'un qui n'aurait pas su qui était la mère l'aurait pris pour mon fils. Il n'avait pas encore un an qu'on retrouvait déjà mon visage dans le sien. Cette ressemblance le rendait plus cher à son père et à sa mère, et même à Galéas Visconti, tellement que lui (le seigneur de Milan), qui avait appris d'un oeil sec la mort de son petit enfant, ne put apprendre la mort du mien sans verser des larmes. Pour moi, j'en aurais beaucoup versé si je n'avais eu honte et si cela ne m'avait pas paru indécent à mon âge. Je lui ai élevé, à Pavie, un petit mausolée de marbre où j'ai fait graver en lettres d'or douze vers élégiaques, chose que je n'aurais faite pour aucun autre et que je ne voudrais pas qu'on fît pour moi.»