XXII
La cour pontificale, qui regrettait le séjour, les palais, les licences d'Avignon, se répandait en invectives contre Pétrarque, à cause de sa partialité pour Rome; mais le pape Urbain V, ferme dans son grand dessein de donner à l'Église la même capitale qu'au monde chrétien, protégeait Pétrarque contre ces ressentiments; il le conjurait, par des lettres de sa main, de venir le visiter au Vatican. «Il y a longtemps, lui disait ce pape passionné pour les lettres, que je désire voir en vous un homme doué de toutes les vertus et orné de toutes les sciences; vous ne pouvez l'ignorer, et cependant vous ne venez pas. Venez; je vous procurerai le repos de l'âme après lequel je sais que vous soupirez.»
«Pourrais-je, répond le poëte dans sa lettre, pourrais-je ne pas désirer ardemment de voir un grand homme que Dieu a suscité pour tirer son Église de ce cachot fétide d'Avignon où elle croupissait? Je ne me croirais pas chrétien si je n'aimais pas, que dis-je? si je n'adorais pas le pontife qui a rendu un si grand service à la république et à moi? Mais quand vous verriez à vos pieds un vieillard faible, devenu infirme, qui ne peut aspirer qu'au loisir et au repos, je suis sûr que vous me renverriez bien vite dans ma maison.»