VII
Cette merveille était Laure, dont le nom, immortalisé par Pétrarque, pourrait se passer de toute autre généalogie.
On a longtemps ignoré celui de sa famille, il est étonnant que Pétrarque ne l'ait jamais prononcé; des recherches incessantes et récentes ont enfin restitué Laure à la noble maison de Noves, d'où elle était indubitablement issue. Cette maison habitait le bourg de Noves, sur les rives de la Durance, à quelque distance d'Avignon; c'est de cette seigneurie qu'elle tirait son nom. Le père de Laure était Audibert de Noves, sa mère se nommait Ermessende; on ne connaît pas son autre nom. Audibert de Noves habitait pendant l'hiver une maison de sa famille à Avignon, Laure y était née. Le sonnet funéraire de Pétrarque, jeté par lui dans son cercueil et retrouvé quand ce cercueil fut ouvert, atteste ce droit d'Avignon à s'appeler la patrie natale de Laure.
Le testament également retrouvé d'Audibert de Noves, qui mourut jeune comme sa fille, parle de Laure, sa fille aînée, à laquelle il lègue 6,000 liv. tournois pour sa dot. Cette somme, considérable pour le quatorzième siècle, est l'indice de la richesse de la maison de Noves.
Ermessende de Noves, veuve d'Audibert, fut tutrice de ses trois enfants; elle accorda la main de Laure, encore enfant, à Hugues de Sades, gentilhomme d'une famille illustre et sénatoriale d'Avignon; le contrat de mariage, retrouvé aussi, est daté de Noves, 16 janvier 1325, dans l'église de Notre-Dame.
Hugues de Sades avait vingt ans, Laure seize ans; outre la dot de 6,000 liv. tournois, Ermessende donne à sa fille Laure une robe de soie verte, sans doute la même dont elle était vêtue dans l'église de Sainte-Claire le jour de fête du 6 avril, quand elle se montra pour la première fois à Pétrarque. Elle reçoit aussi de sa mère, par contrat de mariage, _une couronne d'or et un lit honnête_. Ses portraits, conservés dans la maison de Sades et ailleurs, la représentent dans ce costume vert comme elle est peinte dans le troisième sonnet de son poëte.
Voilà tout ce qu'on sait aujourd'hui d'authentique, grâce à l'abbé de Sades, sur Laure de Noves. Sans doute les oeuvres latines de Pétrarque, ses confidences écrites et ses lettres familières auraient révélé bien des circonstances de cet amour et bien des détails sur ces deux familles de Noves et de Sades; mais Pétrarque raconte lui-même qu'il a détruit toutes ces traces de sa passion avant sa mort.
«Apprenez, dit-il à un de ses admirateurs, une chose incroyable et pourtant vraie: c'est que j'ai livré aux flammes (_vulcano_) plus d'un millier de poëmes épars ou de lettres familières; non pas que je n'y trouvasse de l'intérêt et de l'agrément, mais parce qu'ils contenaient plus d'affaires publiques ou domestiques que d'agrément pour le lecteur!»
Quelle perte pour les érudits, les curieux et les amants! Les cendres du foyer des poëtes sont pleines de mystères semés ainsi au vent.