‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 79 sur 180 · XIV

XIV

Quelles tendresses âpres dans les odes mystiques qu'il soupire, plus qu'il ne les chante, sur la terrasse dans son palais de Sion, dans la paix de ses jours prospères!

«Je n'ai demandé qu'une chose à Jéhovah, c'est la seule à laquelle j'aspire: demeurer dans la demeure de Jéhovah tous les jours de ma vie; goûter la douceur de mon Dieu, habiter avec lui dans son temple;

«Car il me cache dans sa cabane au temps de l'adversité.

«C'est de lui que mon coeur dit: Recherchez sa présence! Je rechercherai ta présence, ô Jéhovah!

«Mon père et ma mère m'ont abandonné, mais Jéhovah me recueille!»

La note héroïque se retrouve au même instant sur la corde.

«Terrible est le nom de Jéhovah!

«Elle brise les cèdres! Jéhovah de sa voix brise les cèdres, les cèdres du Liban!

«La voix de Jéhovah souffle l'incendie!

«Elle soulève le désert, elle fait ondoyer le désert de Cadès!

«Elle épouvante les biches, elle fait tomber les feuilles des forêts!

«Mais sa colère ne dure qu'un clignement de ses yeux, sa miséricorde dure toute la vie! Le soir les larmes entrent dans sa demeure; le matin, la joie!

«Dans tes mains je couche ma vie!

«Approchez, petits enfants, écoutez-moi; je vous enseignerai la crainte de Dieu!

«La vieillesse approche.

«Voilà que tu as mesuré mes jours par la paume de ta main,» chante-t-il à Dieu, «et l'espace que j'ai parcouru est devant toi comme néant!

«L'homme se montre et s'évanouit comme un fantôme; hélas! il fait un petit bruit, il accumule sans savoir qui recueillera!

«Comme la biche soupire après l'eau des fontaines, ainsi mon âme après toi!

«J'ai soif du Dieu vivant!»

Il est malade; la tristesse lui remonte du coeur comme la lie d'un vase.

«Mes larmes deviennent ma nourriture quand j'entends dire autour de moi tout le jour: Où donc est ton Dieu?

«L'abîme crie à l'abîme au bruit de la chute des torrents: Toutes tes ondes et toutes tes écumes ont roulé sur moi!»