‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 90 sur 180 · XXV

XXV

J'aurais, moi, humble poëte d'un temps de décadence et de silence, j'aurais, si j'avais vécu à Jérusalem, choisi le lieu de mon séjour et la pierre de mon repos précisément où David choisit le sien à Sion. C'est la plus belle vue de la Judée, de la Palestine et de la Galilée.

Jérusalem est à gauche, avec le temple et ses édifices, sur lesquels le regard du roi ou du poëte pouvait plonger du haut de sa terrasse. Devant lui des jardins fertiles, descendant en pentes mourantes, le pouvaient conduire jusqu'au fond du lit du torrent dont il aimait l'écume et la voix.--Plus bas, la vallée s'ouvre et s'étend; les figuiers, les grenadiers, les oliviers l'ombragent. C'est sur quelques-uns de ces rochers surpendus près de l'eau courante; c'est dans quelques-unes de ces grottes sonores, rafraîchies par l'haleine et par le murmure des eaux; c'est au pied de quelques-uns de ces térébinthes, aïeux du térébinthe qui me couvre, que le poëte sacré venait sans doute attendre le souffle qui l'inspirait si mélodieusement.

Que ne puis-je l'y retrouver, pour chanter les tristesses de mon coeur et celles du coeur de tous les hommes dans cet âge inquiet, comme ce berger inspiré chantait ses espérances dans un âge de jeunesse et de foi! Mais il n'y a plus de chant dans le coeur de l'homme; les lyres restent muettes, et l'homme passe en silence, sans avoir ni aimé, ni prié, ni chanté.