‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 94 sur 180 · XXIX

XXIX

Mais bientôt un autre concert nocturne vint me distraire de cette pastorale; j'apercevais, à travers le crépuscule, un petit groupe de peuple qui défilait, sombre et muet comme une apparition funèbre, dans le sentier creux, à quelques centaines de coudées au-dessous de moi. Ce sentier suit la vallée de Josaphat et passe entre le tombeau d'Absalon et la fontaine de Siloé.

C'était le convoi d'une jeune Arménienne que la peste venait de frapper dans Jérusalem, et que la famille, les amis, les voisins conduisaient au cimetière de sa communion, hors de la ville. Cette petite colonne d'hommes, de femmes et de prêtres affligés psalmodiait sourdement en marchant quelques-uns des versets sacrés de leur liturgie des morts. Ces versets les plus pathétiques des psaumes de David remontaient ainsi du fond de sa vallée, hélas! et du fond de ces coeurs jusqu'au tombeau du roi. J'en saisis quelques-uns au passage de la brise et je les répétai à voix basse, quoique étranger à ce deuil, avec la consonnance compatissante qui associe l'étranger, enfant de douleurs, comme dit le poëte, à toutes les douleurs de ses frères inconnus!