‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 119 sur 182 · XV

XV

L'une des compagnes de Mireille découvre que la jeune fille des Micocoules a causé en secret avec Vincent, l'enfant aux pieds nus; on raille Mireille. Une matrone prend sa défense et raconte, pour les faire taire, aux médisantes une légende provençale qui fait rentrer la raillerie dans leurs bouches. Lisez cela.

«Il était un vieux pâtre, dit-elle; il avait passé toute sa vie seul et sauvage dans l'âpre _Lubéron_, gardant son troupeau. Enfin, sentant son corps de fer ployer vers le cimetière, il voulut, comme c'était son devoir, se confesser à l'ermite de Saint-Eucher.»

Il avait tout oublié dans son isolement, depuis ses premières Pâques jusqu'à ses prières. De sa cabane il monta donc à l'ermitage, et, devant l'ermite, il s'agenouilla, courbant le front à terre.

«De quoi vous accusez-vous, mon frère?» dit le chapelain. «Hélas! répondit le vieillard, voici ce dont je m'accuse: Une fois, dans mon troupeau, une bergeronnette, qui est un oiseau ami des bergers, voletait... Par malheur je tuai avec un caillou la pauvre hoche-queue!»

«S'il ne le fait à dessein cet homme doit être idiot, pensa l'ermite... Et aussitôt, brisant la confession»: Allez suspendre à cette perche, lui dit-il en étudiant son visage, votre manteau; car je vais maintenant, mon frère, vous donner la sainte absolution.»

«La perche que le prêtre, afin de l'éprouver, lui montrait, était un rayon de soleil qui tombait obliquement dans la chapelle. De son manteau le bon vieux pâtre se décharge, et, crédule, en l'air le jette... Et le manteau resta suspendu au rayon éclatant.»

--«Homme de Dieu! s'écria l'ermite... Et aussitôt de se précipiter aux genoux du saint pâtre, en pleurant à _chaudes larmes_. Moi! se peut-il que je vous absolve? Ah! que l'eau pleuve de mes yeux! et sur moi que votre main s'étende, car c'est vous qui êtes un grand saint, et moi le pécheur.»

Et cela vous fait voir, jeune langue, qu'il ne faut jamais se moquer de l'habit. Comme un grain de raisin (je l'ai vu), notre jeune maîtresse est devenue vermeille dès que le nom de Vincent a été prononcé. Voyons, belle enfant, là est quelque mystère.--«Je veux, dit Mireille, me cacher en un couvent de nonnes à la fleur de mes ans plutôt que de me laisser unir à un époux.» On rit, on se moque de son serment. Cela amène la belle Nore à chanter la ballade provençale de _Magali_.

Et telles, comme, quand une cigale grince dans un sillon son chant d'été, toutes les autres cigales en choeur reprennent son même chant, telles les jeunes filles en choeur répétaient toutes ensemble le refrain de la ballade de Nore.

Voici la ballade: