‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 13 sur 182 · XIV

XIV

Asseyez-vous avec nous devant cette incomparable page, et regardez la scène, et puis retournez-vous et regardez en vous-mêmes: que sentez-vous? Je vais vous le dire.

À l'âge de quinze à vingt ans, à cette époque de l'existence où l'horizon de la vie est tout voilé d'une brume chaude qui noie et qui colore les contours secs de toutes choses; à ce moment où la vie, commencée sans qu'on en aperçoive le terme, paraît longue comme l'infini; à cette heure où cette vie n'a pas dit encore son dernier mot à l'adolescent qu'elle caresse; à cette minute où l'amour, qui n'est au fond que l'éternité de la vie, déborde du coeur dans les sens et des sens dans le coeur, comme un océan de cette vie qui baigne tous les objets et qui les transfigure; à cette période de votre jeunesse, disons-nous, avez-vous jamais voyagé en Italie, en rêvant, éveillé, la félicité d'Éden sous le ciel d'été de la campagne de Naples ou de Rome? Vous souvenez-vous des impressions que vous a fait éprouver l'heure de midi, un jour de canicule, à l'ombre d'un caroubier ou d'un pan d'aqueduc romain entre les Abruzzes? Si vous ne vous en souvenez pas, je vais m'en souvenir pour vous: écoutez, et reconnaissez vos impressions physiques et morales dans les miennes. Je suis ivre d'Italie depuis que j'ai respiré son atmosphère.