‹ Cours familier de Littérature - Volume 07Chapitre 143 sur 182 · X

X

On avait pris souvent en Allemagne des poésies de Schiller pour des poésies de Goethe et des odes de Goethe pour des odes de Schiller. Goethe ne s'offensait pas, comme on va le voir, de cette promiscuité de gloire entre son ami et lui. «Que l'on nous confonde dans nos talents, écrivait-il à Schiller, ce m'est chose agréable; cela montre que nous nous élevons toujours davantage ensemble au-dessus de l'_affectation_ de notre siècle, c'est-à-dire au _beau_ simple, pour arriver à ce qui est universellement _bon_. Il faut convenir aussi qu'à nous deux nous tenons un large espace dans le monde de l'intelligence en nous donnant la main et en faisant la chaîne.»

Cependant à cette époque, 1795, ils dérogèrent tous deux à la noblesse et à la dignité de leur génie en publiant des livres d'épigrammes anonymes, mais mordantes, contre les écrivains et les poëtes leurs contemporains et leurs compatriotes. Badinages grecs peu dignes d'eux; Aristophane et Sophocle dans le même homme. Cela n'agrandit pas, cela jure et cela rapetisse: jeux d'écoliers qu'on s'afflige d'avoir à leur reprocher. Les aigles plongent du haut du firmament sur la tête de leurs ennemis et ne les mordent pas au talon. Glissons sur ces misères.