XXII
À gauche du timon, deux pfifferari, joueurs de cornemuse des Calabres, dansent lourdement aux sons de leur musette devant les buffles, comme pour célébrer la bienvenue du maître de la maison sur son champ; leurs pas pesants et malhabiles touchent au grotesque sans dépasser le sourire; l'ivresse de la récolte respire dans leurs pieds; leurs coudes pressent l'outre musicale pleine d'air modulé; l'ébriété est dans leurs épaules, dans leurs genoux.
L'un d'eux recourbe sur sa tête, en la tenant par la pointe et par le manche, la mince faucille avec laquelle il va faucher les épis mûrs; c'est le délire du travail heureux, le Te Deum de la vie domestique. On sent que le peintre fut paysan comme nous, dans le champ paternel de la Chaux-de-Fonds: nous ne sommes bien inspirés que par nos souvenirs. Moi aussi j'ai chanté l'épisode des Laboureurs dans mon poëme domestique de Jocelyn; mais combien mon encre est pâle à coté de cette palette!