XXXI
Attention! nous y voici.
On est dans une rue de la ville; Marguerite passe seule et les yeux baissés auprès de Faust.
FAUST.
Ma belle demoiselle, oserais-je vous offrir mon bras et ma protection pour vous conduire où vous allez?
MARGUERITE.
Je ne suis ni demoiselle ni belle, et je n'ai besoin de personne pour me conduire à la maison.
FAUST.
Par le ciel! cette enfant est la beauté accomplie! Je ne vis de ma vie rien de pareil. Si convenable, si modeste, et cependant si entraînante. Le rose de ses lèvres, l'éclat de ses joues! non, jamais je ne saurais l'oublier. La manière dont elle baisse les yeux s'est incrustée à fond dans mon coeur. Et cette robe courte qui laisse entrevoir ses pieds fugitifs! D'honneur, c'est à ravir les yeux et la pensée. (_Survient Méphistophélès._) Il faut que tu me procures cette charmante jeune fille.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Laquelle?
FAUST.
Celle qui vient de passer à l'instant.
MÉPHISTOPHÉLÈS.
Celle-là? Bon! Elle vient de chez son prêtre, qui lui a donné à bon droit l'absolution; je m'étais glissé derrière le confessionnal. Mais c'est l'innocence même que cette enfant: je n'ai aucun pouvoir sur elle!
Faust insiste avec l'autorité et la véhémence de la passion qui veut être servie et non conseillée: «Quelque chose seulement d'elle, un fichu de son cou, une chose qui l'ait touchée!--Eh bien! dit Méphistophélès, je ferai plus: elle est maintenant sortie de sa demeure, je vais t'introduire dans sa chambre; là tu pourras tout seul te repaître dans l'atmosphère qu'elle habite en paix, atmosphère d'espérance et d'illusion.»