‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 103 sur 143 · XI

XI

Le jeune Horace, son compagnon d'armes, son poëte et son ami, après avoir bien combattu, raisonna plus juste; il ne s'obstina pas à vouloir pour lui seul une liberté chimérique et une féroce vertu. Les Romains pervertis ou corrompus n'en voulaient plus pour eux-mêmes. Pendant que Brutus se plongeait son épée dans le corps, Horace jeta la sienne, ainsi que son bouclier, pour s'éloigner plus légèrement du champ de carnage; le poëte _Alcée_, son modèle, en avait fait autant dans une circonstance semblable. L'espérance est aussi une poésie comme le désespoir. Horace était jeune; il tournait depuis quelque temps à la philosophie facile et accommodante d'Épicure. Pourquoi mourir, puisqu'une vie longue et douce s'ouvrait encore devant lui? D'ailleurs il est probable que son père chéri vivait encore, et que la pensée de consoler ce tendre auteur de ses jours lui parut un devoir plus sacré et plus vertueux que celui de mourir pour des regrets. Mais, si Horace ne fut point fanatique dans cette occasion, il ne fut point lâche; il n'imita pas ses camarades et ses amis qui firent défection à la république en passant au service d'Antoine et d'Octave; il n'alla pas s'embarquer sur la flotte de Mutius, amiral de Brutus, pour grossir les rangs du fils de Pompée en Espagne. Il alla vraisemblablement rejoindre son père à Athènes ou à Venouse. L'amnistie générale proclamée par Octave et Antoine le couvrit contre la vengeance des triumvirs; il ne voulut pas, par honneur, servir leur cause dans leurs camps ni dans leurs charges civiles; il renonça aux armes et rentra dans la vie privée, dédaigneux de gloire, affamé de plaisir, d'amour et de poésie. Voilà la vérité toujours indulgente.