‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 109 sur 143 · XVII

XVII

À partir de ce moment Horace n'écrivit plus ni satire personnelle, ni invectives, ni épigrammes; il craignit sans doute de compromettre dans ses querelles personnelles ses illustres patrons. Sa poésie, plus lyrique, plus élégante, quoique aussi voluptueuse, prit la douce gravité ou la gracieuse familiarité des maîtres du monde avec lesquels il vivait si familièrement. Il gagna beaucoup dans ce commerce avec Mécène et la cour d'Auguste. Il y avait de l'Arétin dans ses premiers vers, il n'y eut que du Pindare et de l'Anacréon dans les derniers. La poésie légère est un fruit des cours, parce qu'elle est l'élégance de l'esprit et l'aristocratie des langues; on le voit sous Périclès à Athènes, sous Auguste à Rome, sous les Médicis à Florence, sous Louis XIV en France, sous Charles II en Angleterre. La liberté populaire est une vertu, mais ce n'est pas une muse; le peuple juge très-bien de l'éloquence et très-mal de la poésie. Avant ses empereurs Rome avait ses plus sublimes orateurs et pas un de ses vrais poëtes. À chacun sa part des dons de l'esprit: au peuple la force, la grâce aux cours.