III
Ce n'est donc pas du sérieux qu'il faut chercher dans Horace, c'est de l'agrément; il n'est sérieux que quand il s'agit de son bonheur, il n'est sage que quand il conseille de le chercher dans la retraite, dans la médiocrité et dans l'amitié. C'est donc un poëte _semi-sérieux_, comme disent les Italiens de nos jours; ne vous attendez pas à autre chose, vous seriez trompés; aussi ne l'ouvrez qu'à un certain âge et dans les heures oisives où votre âme, libre de grandes passions et vide de hauts enthousiasmes, cherche à se bercer elle-même sur les vagues apaisées de la vie, en un mot, quand vous voulez vous amuser avec des vers comme avec des osselets. Il y a des heures pour cela dans la vie: c'est le poëte de ces heures; il ne calmera pas un de vos chagrins, mais il enchantera une de vos oisivetés. Je le conseille aux hommes rassasiés du monde qui ont passé les deux premiers tiers de leur existence. Plus tôt ce serait un mauvais signe que de s'y plaire; une si molle indifférence ne sied pas à la jeunesse.