‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 133 sur 143 · XIV

XIV

La petite ode à Posthumus est une répétition de la même tristesse exprimée en vers qui semblent fuir d'eux-mêmes le temps dont ces vers retracent la fuite insensible.

«Posthumus! Posthumus! les années glissent en nous entraînant, etc., etc.» Et après une énumération éloquente de la vanité de nos prières et de nos efforts pour ralentir cette fuite du temps qui nous rapproche de la mort:

«Il faut quitter cette terre, cette maison, cette épouse chérie; et, de tous ces arbres que tu plantas avec tant d'amour, aucun autre que le cyprès funèbre ne suivra hors de ton enclos son maître d'un jour!»

Sa philosophie, commode et modeste, éclate dans la plupart de ces odes en vers à demi-voix qui ont le charme de son caractère; les images dans lesquelles il symbolise cette modération des voeux de l'homme, pour que ces voeux ne soient pas plus vastes que la vie humaine qui les trompe tous, sont restées immortelles et proverbiales chez tous les poëtes venus après lui.

Lisez:

«C'est le calme qu'implore le matelot surpris dans la vaste mer Égée quand de noires nuées recouvrent la lune, et qu'aucun de ses astres conducteurs de sa route ne brille plus à ses yeux dans le firmament, etc.

«Il vit heureux de peu celui qui, sur sa table frugale, se contente de voir briller la salière de ses aïeux; celui que ni la crainte de perdre, ni la cupidité de gagner, n'empêchent de jouir de sommeils légers!... Le coeur satisfait d'un présent borné dédaigne de se troubler pour ce qui doit suivre; il tempère l'amertume des soucis par le sourire de l'insouciance. Nul ne peut se dire heureux par tous les aspects de sa destinée. Quant à moi, j'ai reçu pour ma part un petit domaine champêtre, un léger souffle de la muse attique et le don de mépriser le vulgaire envieux!»

Ce dernier vers, inattendu dans une ode pleine de riantes images et de douce sagesse, sonne comme un ressentiment caché au fond du coeur contre la méchanceté de ses ennemis; c'est une flèche sous les fleurs qui retentit au fond du carquois. Ce mépris du vulgaire faisait partie de l'indifférence, cette philosophie d'Horace. Une haine endormie, mais immortelle, subsiste entre le vulgaire et l'homme de génie. C'était son orgueil aussi à lui, et cet orgueil était assez fondé, sur l'avilissement de son siècle, dans un soldat retiré de Brutus qui avait vu s'agenouiller sa patrie sous trois tyrans, et qui, ne pouvant plus l'estimer, s'en vengeait par le dédain, cette supériorité du regard. Ce dédain, il l'exprime comme il le sent, avec l'audace d'un homme qui n'espère rien de la multitude:

«Je hais le profane vulgaire, et je l'écarte.»

Cela ne l'empêche pas de chanter la vertu civique pour elle-même dans les strophes les plus mâles qui aient jamais été écrites à la gloire de l'héroïsme civil. (Ode III du IIIe livre.)

«L'homme juste et résolu dans son dessein, ni la fureur d'un peuple qui lui ordonne le crime, ni le visage impérieux d'un tyran, ni la tempête qui amoncelle les flots troublés de la mer Adriatique, ni la grande main de Jupiter lui-même tenant la foudre, ne le font chanceler sur la base solide de sa fermeté. Que l'univers brisé s'écroule! ses débris l'écraseront sans l'intimider, etc., etc.»

Il s'élève dans cette ode stoïque et vertueuse à la hauteur d'Orphée; l'expression répond à l'âme, le style est d'airain, il brave la foudre. Certes il y avait de la vertu et de l'héroïsme civique dans l'homme qui les sentait avec un tel accent!

Puis tout à coup, à la dernière strophe de l'ode, il renverse le trépied comme indigne de s'y asseoir, et il revient à ses amours et à ses badinages.

«Mais de tels sujets, dit-il, ne siéent pas à une pensée enjouée comme la mienne. Où vas-tu t'égarer, muse folâtre? Ta voix atténuerait la grandeur des choses que tu oserais célébrer ainsi.