‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 60 sur 143 · XX

XX

Une cour suit un monarque; celle du nouvel empereur se presse confusément autour de son trône. M. Thiers s'en console en disant: «Mais ces institutions (les cours) étaient loin de mériter le mépris qu'on a souvent affiché pour elles; elles composaient une république aristocratique détournée de son but par une main puissante, convertie temporairement en monarchie absolue, et destinée plus tard à redevenir monarchie constitutionnelle, fortement aristocratique, il est vrai, mais fondée sur la base de l'égalité.»

Comprenne qui pourra cette république devenue en même temps monarchie absolue, cette monarchie absolue destinée à redevenir monarchie constitutionnelle, cette aristocratie et cette égalité se démentant par leurs seuls noms l'une et l'autre!

On n'y comprend en réalité qu'une chose: c'est que l'historien, qui veut rester à la fois révolutionnaire et monarchique, en dépit de la contradiction des deux rôles, cherche à excuser maintenant la fondation de l'empire comme il a cherché à excuser le renversement de la république et l'institution dictatoriale du consulat à vie. Dans cet effort d'esprit la raison faiblit comme la langue, et il tombe, pour cacher l'inconséquence, dans des subtilités de définitions qui rappellent les subtilités des sophistes grecs ou des sophistes de l'École dans le moyen âge. Voilà le malheur des historiens qui n'ont pas assez perdu la mémoire des partis auxquels ils ont appartenu dans leur vie politique: pour ne pas fausser leur situation ils sont forcés de fausser leur logique. Il faut se détacher de terre quand on veut écrire la vérité sur les hommes; la philosophie de l'histoire est à la hauteur des observatoires d'où l'on contemple les astres. M. Thiers y monte quand il veut; pourquoi pas toujours?