‹ Cours familier de Littérature - Volume 08Chapitre 68 sur 143 · IV

IV

Cependant Napoléon se hâte de profiter de la stupeur d'Austerlitz pour expulser les Bourbons de Naples; son frère Joseph est élevé au trône des Deux-Siciles. M. Pitt, l'Annibal anglais, meurt au moment où il renoue les fils d'une coalition dans sa main. M. Fox, déclamateur de la paix, lui succède pour déclamer la guerre. Le jugement de M. Thiers sur cet éloquent orateur d'opposition et sur ce faible ministre est de nouveau partial et faux comme un jugement populaire; ce jugement ne sera pas celui de l'histoire: M. Fox n'a laissé que du talent, la faveur aveugle de son pays; la postérité juge les hommes d'État par leurs actes et non par leurs discours. Si M. Fox avait été un homme d'État tel que M. Thiers s'efforce en vain de le dépeindre, M. Fox aurait renouvelé très-facilement alors la paix d'Amiens entre l'Angleterre et la France; mais, obstacle à la guerre pendant que son pays devait la soutenir, et impuissant pour la paix au moment où la paix était possible et honorable, M. Fox n'osa pas professer comme ministre les principes pacifiques qu'il avait professés comme chef de parti. Il mourut bientôt après son grand rival Pitt; il laissait une mémoire, mais il laissa peu de regrets. L'appréciation de ce caractère par M. Thiers ici n'est pas de l'histoire d'homme d'État, c'est du panégyrique d'orateur. Il importe à la jeunesse actuelle de la prémunir contre cette partialité de l'historien. La gloire de M. Fox ne fut jamais qu'une vogue de popularité parlementaire, un _Wilkes_ aristocrate, voilà tout.