‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 152 sur 194 · XXVI

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La maison de Savoie est une des plus anciennes et des plus militaires dynasties de l'Europe, si l'on compte au rang de dynastie ces hérédités féodales de familles possédant des fiefs humains dans les montagnes qui servent de limites aux empires des grands peuples[4].

[Note 4: Les Milanais, en 1449, les appelaient encore des _étrangers_.

À la paix de Lodi, on leur donne pour limite la Sésia entre le Piémont et la Lombardie.

Charles III de Savoie s'attache exclusivement à l'empereur: il était son beau-frère. Il alla à Bologne lui faire la cour.

Pour le punir, François Ier réclame la Savoie comme héritage de sa mère, Louise de Savoie. L'empereur, de son côté, occupe les villes. Dépouillé de presque tout, il meurt à Verceil. Emmanuel-Philibert, son fils, hérite de l'empereur. Charles IX lui rend Turin.

À leur tour, pendant nos guerres de religion, Emmanuel-Philibert et son fils s'emparent de la Provence, du Dauphiné et de la Bresse.

Dans la guerre de coalition successive de l'Espagne contre la France, la maison de Savoie trahit Louis XIV en 1703 et lui fait perdre l'Italie; le duc de Savoie reçoit en récompense la Sardaigne.

Tout fut cédé à l'Autriche par le traité d'Utrecht.]

Ces princes régnaient sur une peuplade de braves et pauvres Allobroges, laissés comme une alluvion des grandes invasions des peuples du Nord. Pressée entre la Suisse, la France et les vallées du Piémont, sur un groupe de montagnes et dans de sombres vallées des Alpes, cette peuplade peu nombreuse s'était refoulée ou répandue tour à tour sur les plaines voisines qui lui offraient le moins de résistance, tantôt sur le bassin de Genève, en Suisse, tantôt sur le bassin de la Bresse, en France, jusqu'à la Saône, tantôt dans le bassin du Pô, en Italie; elle allait chercher, non de la gloire, mais de l'espace et du pain, chez ses voisins. Son caractère, très-spécial à cette race de montagnards savoisiens, était une fidélité et une bravoure chevaleresques. Les meilleurs soldats des ducs de Savoie sont toujours descendus de ces montagnes; leur douceur les rendait disciplinaires; leur subordination féodale les conservait dévoués à la bonne ou à la mauvaise fortune de leurs princes; leur intrépidité froide les rendait solides comme le devoir au poste où on les avait placés pour vaincre ou mourir. Ils avaient deux religions dans leur coeur, leurs princes et leurs prêtres; superstitieux chez eux, héroïques dehors, bons et honnêtes partout, aussi propres à subir le joug de la conquête sans le secouer qu'à imposer ce joug à leurs voisins, quand l'inquiétude de la maison de Savoie les mettait à la solde des grands alliés auxquels on inféodait leur sang pour des causes toutes personnelles à ces princes.