XXIX
Napoléon tombé, la maison de Savoie sort de son île et se précipite aux pieds des congrès de Paris et de Vienne pour obtenir non pas seulement sa propre restauration, mais ses annexions habituelles aux dépens des nationalités et des libertés des États voisins, convoités par sa soif insatiable de territoires. La seule usurpation récente et criante de territoire et de liberté commise par le congrès de Vienne est un crime de la force contre l'indépendance d'une illustre république italienne (Gênes). On donne Gênes à la maison de Savoie, qu'on lui épargne la peine de conquérir, et avec _Gênes_ un port, des citadelles, une marine, une population d'aventureux marins qui vont sous ses lois rivaliser avec Toulon et avec Marseille.
Cette usurpation violente de la république de Gênes par la main de l'Europe au profit de la maison de Savoie, au moment où l'Europe en armes restituait tout au droit des trônes et des peuples, est un des actes les plus iniques commis en pleine paix pour exproprier une nation illustre et innocente de tout crime envers l'Europe. La convoitise de Turin, voilà le seul crime de Gênes! Là, comme ailleurs, il n'y a pas un pouce de sol qui ne se soulève sous les pas du Piémont.
Gênes proteste deux fois par l'insurrection désespérée de ses citoyens contre ses nouveaux maîtres. La protestation, éteinte par le canon des forts occupés par les Piémontais, fut étouffée dans le sang des Génois. Vous qui faites, quand cela convient à votre ambition, appel au droit des nationalités exprimé au fond d'une urne et compté par des questeurs armés, interrogez donc Gênes sur son annexion au Piémont, et osez donc lui poser la question d'abdiquer son nom, sa gloire et sa liberté sous un roi des Alpes! Éloignez vos bataillons, enclouez vos canons, et attendez la réponse!