XIII
Le premier de ces obstacles à une monarchie unique de l'Italie, c'est que l'Italie, quoique monarchique dans quelques-uns de ses États, est républicaine dans son histoire et dans sa renaissance, après les invasions et les reflux des barbares.
Rome, la grande Italie antique, était une république représentative; la liberté et le pouvoir s'y maintenaient en équilibre par la pondération d'un sénat et des comices, d'une aristocratie héréditaire et d'une plèbe.
L'habitude du régime républicain y avait tellement passé dans les moeurs, qu'après les empereurs auteurs de la servitude et de la décadence, l'Italie renaquit partout de ses cendres sous la forme républicaine: république en Sicile, en Calabre, en Campanie, à Naples, république à Rome sous la domination des papes, république à Sienne, république à Lucques, république à Pise, république à Florence, république à Gênes, république à Venise, républiques presque partout.
Ce n'est qu'après l'introduction des troupes mercenaires sous les _condottieri_ étrangers ou indigènes que ces républiques, opprimées par les soldats aux gages de leurs plus ambitieux citoyens, se transforment en petites tyrannies militaires et monastiques, sous les titres de royaume de Naples, de duchés, de comtats, de marquisats.
Ailleurs la féodalité militaire, monarchique, descendit des Alpes en Italie avec les ducs de Savoie, les marquis de Montferrat, les Suisses, les Allemands: la tyrannie vient du Nord, où les hommes sont plus braves que libres et éclairés.
Mais encore les grandes républiques, telles que Gênes, Venise, Rome, continuent-elles à subsister sous les doges comme sous les papes, car la papauté au fond n'est qu'une république, puisque le pouvoir temporel y est électif comme le pouvoir spirituel, et que le gouvernement y est représentatif par le sénat des cardinaux.
Une fois l'Italie libre, une constitution fédérale de tous les États divers existants en Italie, théocraties, royautés, républiques, duchés, municipalités politiques, une constitution nationale est donc infiniment plus conforme à la nature et aux habitudes historiques de cette grande race des _fils de Brutus_, comme dit Dante.