XV
Je sais que Rome est la grande difficulté d'une constitution indépendante de l'Italie moderne; je ne crains pas de l'aborder face à face avec vous, cette difficulté.
Les papes, humainement considérés, sont une dualité dans un même homme: comme pontifes, ils représentent un principe religieux aussi durable que la foi qui s'attache à leur mission surnaturelle; comme souverains, ils représentent un prince électif possédant de droit immémorial la ville et l'État romain au centre de l'Italie. Ces deux caractères de pontife et de prince dans un même homme ne se confondent pas, quoi qu'on en dise avec plus de politique que de foi. Le prince pourrait subsister sans être pontife; le pontife pourrait subsister sans être prince. Le prince est prince de droit public, le pontife est pontife de droit divin. De tout temps on a essayé de confondre ces deux natures dans les papes, de tout temps le bon sens a protesté; à chacune de ces deux natures son attribut, voilà le vrai.
Nous concevons parfaitement pourquoi les politiques et les fidèles ont en tout temps essayé de confondre ces deux natures: nous sommes étonnés seulement que ni les uns ni les autres n'aient trouvé jusqu'ici la principale explication politique d'une souveraineté temporelle assez sérieuse et assez vaste affectée au pontife romain dans la hiérarchie des souverainetés européennes. Cette justification, selon nous, la voici: