XVII
Mais cette souveraineté temporelle des pontifes romains est-elle assujettie à d'autres lois que les souverainetés profanes ordinaires? Évidemment non; dans votre droit moderne, cette souveraineté est purement temporelle, elle subit ou peut subir les vicissitudes des temps: son nom le dit, temporelle!
Or qu'est-ce que la souveraineté dans le droit public moderne de l'Europe, depuis la décadence de ce que nous appelions le droit divin? C'est le droit des peuples de se donner à eux-mêmes le régime qui leur convient; les Romains ne sont point hors la loi de ce droit des peuples en ce qui concerne leur forme de gouvernement intérieur. Si donc il convenait aux États romains de modifier ou d'abolir chez eux la souveraineté des papes, pour adopter une autre forme de gouvernement civil, aucune autre puissance ne pourrait leur ravir ce droit et leur imposer l'allégeance à perpétuité pour cause de convenance des cultes en Europe; ce sacrifice d'un peuple à la convenance politique des autres peuples serait une condamnation sans crime qui révolterait la conscience du genre humain. S'il en était autrement, il y aurait donc deux droits publics ou deux vérités contradictoires en Europe: un droit public du monde entier, qui est le droit des peuples de modifier leur gouvernement; un droit public des États romains, qui serait la pétrification de la souveraineté civile dans Rome: c'est absurde!