‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 185 sur 194 · XIX

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Si donc une des nationalités qui composent l'Italie, justement jalouse de constituer son indépendance fédérale, si la maison de Savoie, par exemple, jusqu'ici restreinte au rôle de gardienne des Alpes et de puissance neutre interposée entre l'Autriche et la France; si cette puissance venait à s'annexer par les armes vingt ou trente millions de sujets en Italie, et à former ainsi une puissance militaire de trois ou quatre cent mille hommes, l'équilibre du midi de l'Europe serait rompu, la sécurité de la France serait éventuellement compromise, l'indépendance même de l'Italie serait perdue. L'Allemagne et la France, sans cesse provoquées à des luttes incessantes par une puissance si forte et si active que le Piémont, n'auraient plus une heure de paix; la guerre entre la France et l'Allemagne aurait deux champs de bataille au lieu d'un, et le Rhin ne roulerait pas moins de sang que le Pô et l'Adige.

Comment la France, puissance déjà entourée d'une ceinture de grandes puissances souvent hostiles, telles que l'Autriche, la Prusse, l'Angleterre, la Russie; comment la France, qui n'a de sécurité que du côté de l'Italie et de la Suisse, qui ne peut respirer tranquillement que par ce vaste espace ouvert du côté des Alpes, comment la France laisserait-elle river impunément autour d'elle cette ceinture de grandes puissances dont elle est déjà trop resserrée? Comment créerait-elle de ses propres mains une cinquième grande puissance militaire qui, en cas de coalition, la forcerait de faire face aux quatre vents au lieu de trois?

Elle prendrait, direz-vous, la Savoie et le comté de Nice, et elle ferait bien; mais l'annexion de ces deux parcelles de peuple suffirait-elle réellement à la sécurité de la France contre une maison de Savoie possédant demain trente millions d'hommes en Italie? contre une maison de Savoie, puissance très-virile et très-héroïque sur les champs de bataille, mais qui n'a jamais eu de fidélité qu'à sa propre grandeur?