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Il s'appuie et il s'appuiera nécessairement sur l'Angleterre, nous le savons; mais, pour tout esprit sérieusement politique, c'est précisément ce patronage suspect de l'Angleterre qui le perdra et qui perdra momentanément avec lui l'Italie annexée à une seule couronne.
Voyez ce qui se passe à Londres:
L'Angleterre cherchait en vain depuis trois siècles une position militaire, politique et navale au Midi contre nous; elle l'avait trouvée en Espagne et en Portugal pendant la guerre de l'indépendance contre Napoléon; lui aussi avait voulu s'annexer l'Espagne; on a vu, à la bataille de Toulouse et à l'invasion des Anglais à Bordeaux en 1814, ce qu'a valu à la France le patronage anglais fatalement introduit en Espagne et en Portugal! Maintenant l'Angleterre, par la protection habile et personnelle qu'elle prête à la maison de Savoie pour la flatter d'une monarchie piémontaise universelle en Italie, l'Angleterre va prendre en Italie, pour la première fois depuis que le monde existe, la position qu'elle avait prise en Espagne contre les Français. La maison de Savoie, cette protégée séculaire de l'Autriche, de la Russie, de la France, devient par nécessité de situation la protégée de l'Angleterre. Contre-sens inouï, mais contre-sens accompli à la nature des choses; c'est par la main du Piémont que l'Angleterre violentera les princes, les peuples, les rois, les républiques, les papes en Italie; c'est par la main de l'Angleterre que le Piémont pèsera sur la France dans la Méditerranée, à Gênes, à la Spezzia, à Livourne, à Cività-Vecchia, à Naples, à Palerme; c'est par la main de l'Angleterre que le Piémont pèsera sur l'Allemagne dans l'Adriatique, à Malte, à Corfou, à Venise, à Trieste; c'est avec l'or et les débarquements de l'Angleterre que le Piémont soldera le contingent de troupes auxiliaires contre nous en cas de guerre, et guidera, comme elle l'a fait en 1815, la coalition britannique jusqu'à Grenoble, Toulon, Lyon; du jour où le Piémont sera une puissance de trente millions d'hommes, du jour où le Piémont se coalisera avec l'Angleterre, et, qui sait? avec l'Autriche elle-même (ne l'a-t-on pas vu pendant les trois derniers règnes, et pendant le règne de Charles-Albert surtout), de ce jour il n'y aura plus une heure de sécurité pour la France; la France, toujours sur le _qui vive_ du côté des Alpes, finira par se lasser d'être toujours en sursaut la main sur ses armes, et par détruire ce qu'elle aura fait de Turin à Naples.
L'Italie n'aura donc préparé que des coalitions avec la France et de nouveaux déchirements à son sol par ses imprudentes annexions. La maison de Savoie, devenue conquérante de toute l'Italie pour un jour, n'aura donc de solidité ni contre l'Autriche, qu'une monarchie piémontaise provoquera sans cesse à l'hostilité, ni contre la France, qu'une monarchie piémontaise alarmera sans cesse sur sa sûreté, ni contre l'Europe catholique, qu'une monarchie piémontaise désaffectionnera à jamais d'une maison de Savoie, maîtresse des États romains.
Une monarchie piémontaise ne peut donc être la condition et la forme d'une Italie libre, indépendante et inviolable aux réactions militaires et politiques de l'Europe; l'Angleterre seule y gagnera une péninsule menaçante, des ports et des forteresses contre les armées et la marine de la France; mais est-ce à la France de se trahir elle-même, en livrant au prix du sang français une péninsule de plus, et une péninsule limitrophe à la merci de l'Angleterre?