‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 28 sur 194 · XXX

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On voit par ce passage, écrit bien longtemps après son enfance, que la foi de cette jeune fille était tempérée comme son âme, et que la religion fut toute sa vie une douce habitude de ses sens plutôt qu'une passion de son intelligence. Elle semblait prédestinée par là à être un jour l'amie de M. de Chateaubriand, le poëte des sensations religieuses plus que des convictions théologiques. C'est cette température de l'âme qui conserve la beauté du corps comme la sérénité de l'esprit.

La beauté aussi harmonieuse que précoce de la jeune fille faisait déjà l'orgueil de sa mère. Pour jouir de cet orgueil maternel elle conduisit, un jour, son enfant à Versailles, à ce spectacle de la cour qu'on appelait le Grand Couvert. M. de Calonne, qui protégeait la mère, fit sans doute placer la fille de manière à attirer les regards de la cour.--Le roi et la reine en furent, en effet, si ravis qu'ils firent entrer, après le dîner, l'enfant dans les appartements intérieurs pour l'admirer de plus près. Marie-Antoinette s'extasia sur cette ravissante figure; elle la compara à celle de sa propre fille (depuis madame la duchesse d'Angoulême, captive du Temple), du même âge que Juliette Bernard et d'une figure trop tôt flétrie par des deuils éternels.