‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 57 sur 194 · XXV

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L'intérêt des rapports entre madame Récamier et M. de Chateaubriand devient, à dater de 1820, le seul intérêt de ces Mémoires. Plusieurs années sont remplies de lettres et de billets de M. de Chateaubriand, qui ont la fièvre de ses ambitions, de ses succès et de ses revers politiques dans sa poursuite acharnée du rôle de premier ministre, dans ses écarts d'opposition, dans ses diatribes contre M. Decazes ou contre M. de Villèle. Ennemi de tout ce qui l'entravait dans son ascension vers le pouvoir, son talent, plus politique que littéraire, le portait au sommet, ses boutades l'en précipitaient toujours; la douleur de ses chutes lui causait des convulsions de mécontentement. C'est une pénible étude à faire que celle des amitiés intéressées, des ruptures, des affections et des haines de circonstance, des colères sans décence, des plaintes sans motif de cet homme d'humeur, qui caractérisent sa conduite jusqu'à la chute de ce trône sous les débris duquel il voulait s'ensevelir, tout en conspirant avec tout le monde pour le renverser. Le _Journal des Débats_, véritable arène de cette opposition, lui était prêté pour ces luttes par MM. Bertin. Leur amitié complaisante lui permettait dans cette feuille ce qu'ils n'approuvaient pas eux-mêmes. Ces deux frères Bertin avaient plus de politique que lui, mais il avait plus de colères. La polémique vit de colères. Il faut du bruit à un journal sous la liberté de la presse; les foudres de paroles de M. de Chateaubriand faisaient l'éclat. Le _Journal des Débats_ portait ces retentissements du coeur de M. de Chateaubriand à toute l'Europe.

Les lettres confidentielles, si neuves, si intimes, si historiques, de M. de Chateaubriand à madame Récamier, sont l'_envers_ de ces brochures et de ces discours dont il agitait la France et l'Europe. Nous éviterons de reproduire ici ce qui est exclusivement intrigue et politique dans ces lettres; nous reproduirons seulement celles dans lesquelles le coeur éclate et s'épanche. Les Mémoires d'une femme ne sont-ils pas exclusivement l'histoire du coeur?