‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 67 sur 194 · IV

IV

Cependant M. de Chateaubriand était tombé du pouvoir à Paris dans des accès de colère qui ébranlaient la monarchie; il voulait que la vengeance du génie fût aussi mémorable que l'outrage. Le _Journal des Débats_, tribune quotidienne du matin, portait tous les jours l'injure à ses ennemis, l'espérance aux factieux, auxquels il promettait un Coriolan, le défi à la royauté de se tenir debout sans l'appui de sa plume. Hélas! faible appui, quelle que soit la plume! Nous avons vu les mêmes fureurs des ministres congédiés ou déçus par leur roi, les mêmes séditions de plume ou de paroles, les mêmes coalitions personnelles, et non patriotiques, entre des adversaires ambitieux désunis pour servir, réunis pour nuire, les mêmes chutes dans la rue, et les mêmes récriminations après la chute. Telle est la loi des gouvernements de parole; les gouvernements de silence ont aussi leur danger. Les institutions sont aussi imparfaites que les hommes; gouvernement parlementaire, république, monarchie tempérée, pouvoir absolu, tout a besoin de l'honnêteté des hommes d'État, ou tout s'écroule sous leurs passions. Ils s'en prennent ensuite aux institutions: c'est à leurs passions qu'il faut s'en prendre; mais les passions sont aussi dans la nature: rien n'est stable parce que rien n'est dans l'ordre. Le mouvement est la loi des choses mortelles; il faut s'y résigner.