VII
Ce départ de M. de Chateaubriand pour Rome semble tout à coup réchauffer sa correspondance avec madame Récamier de tous les souvenirs des premières tendresses. En s'éloignant peut-être pour toujours on revient sur le passé, on regrette de ne pas en avoir apprécié les douceurs; on voudrait revenir, plus jeunes de coeur et d'années à ces jours où l'on avait des années à dépenser et des coeurs à posséder sans remords de les avoir contristés; il y a des fidélités rétrospectives qu'on retrouve tout à coup dans sa mémoire dans un coin de la vie et qu'on croit n'avoir jamais violées, tant on regrette les distractions fugitives à ces amitiés éternelles.
Tels paraissent avoir été les sentiments de M. de Chateaubriand, seul, sur la route de Rome. Chacune des haltes de ce voyage fut un tendre retour vers madame Récamier; il demandait une plume à chaque auberge pour écrire un de ces retours de tendresse à Paris.