‹ Cours familier de Littérature - Volume 09Chapitre 78 sur 194 · XV

XV

Que tout cela est supérieur aux phrases apprêtées des _Mémoires d'Outre-Tombe_, et comme le coeur parle mieux que la vanité! À mesure qu'il vieillit et que la vanité sèche, le coeur refleurit en lui par les souvenirs. Il en est ainsi de tous les hommes à grande imagination: ils se concentrent en vieillissant dans leur coeur resserré par le temps; ils vivaient en rêvant, ils meurent en aimant. Cette maturité du coeur est très-sensible dans M. de Chateaubriand; sa poésie en mûrissant devint sentiment. C'est le fruit de la vie quand la vie est longue.

Le poëte reparaît cependant de temps à autre. Lisez ceci:

«J'ai assisté à la première cérémonie funèbre pour le pape dans l'église de Saint-Pierre. C'était un étrange mélange d'indécence et de grandeur: des coups de marteau qui clouaient le cercueil d'un pape, quelques chants interrompus, le mélange de la lumière des flambeaux et de celle de la lune, le cercueil enfin enlevé par une poulie et suspendu dans les ombres, pour le déposer au-dessus d'une porte dans le sarcophage de Pie VII, dont les cendres faisaient place à celle de Léon XII. Vous figurez-vous tout cela, et les idées que cette scène faisait naître?

«Je vous prie d'envoyer chercher Bertin et de lui lire toute la première partie de cette lettre...

«En vérité, je ne sais pourquoi vous êtes si triste; si c'est mon absence, elle va cesser. C'est moi, je vous assure, qui voudrais souvent mourir. Que fais-je sur la terre? Hier, mercredi des Cendres, j'étais à genoux, seul, dans cette église de _Santa-Croce_, appuyé sur les murailles en ruine de Rome, près de la porte de Naples; j'entendais le chant monotone et lugubre des religieux dans l'intérieur de cette solitude. En vérité, je crois que j'aurais voulu être aussi sous un froc, chantant parmi ces débris. Quel lieu pour mettre en paix l'ambition et contempler les vanités de la vie et de la terre!»