‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 107 sur 158 · XXX

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De ce jour, ce n'est plus la diplomatie qui pense, c'est la passion qui veut. Napoléon, devenu empereur et décidé à ne borner son empire qu'aux bornes de son ambition, c'est-à-dire à la monarchie universelle, ne consulte plus M. de Talleyrand, dont la sagesse l'importune; il se contente de l'appeler de temps en temps à lui, pour rédiger en traités les décisions de la victoire. Le ministre des affaires étrangères voyage dans le bagage des armées.

C'est ainsi que Napoléon l'appelle après Austerlitz, pour rédiger le traité de Presbourg, traité qui impose trop d'humiliation à l'Autriche en Italie pour être autre chose qu'une pierre d'attente de guerre nouvelle.

C'est ainsi qu'après la déroute de la Prusse, à Iéna, il appelle M. de Talleyrand en Pologne, pour déchirer la carte de la Prusse, en laissant trop de territoire encore pour l'anéantir, trop peu pour la concilier à ses intérêts. Les traités, pour être sûrs, ne doivent jamais être implacables. Effacer la Prusse valait mieux que la mutiler.

C'est ainsi qu'il appelle encore M. de Talleyrand en Pologne, pour promettre une patrie indépendante aux Polonais et pour ne faire de la Pologne qu'un champ de bataille: faute égale des deux côtés, faute de promettre l'impossible, faute de manquer à ce qu'on a promis.

M. de Talleyrand lui objecte en vain le danger de ces promesses: «La Pologne est de la chevalerie peut-être, lui dit-il, mais ce ne peut plus être une puissance; c'est le plus triste, mais le plus réel des faits accomplis. Pour la reconstruire, il faudrait anéantir les trois plus grandes puissances de l'Europe, et, quand vous l'auriez reconstruite, il faudrait la soutenir tous les jours. Or ce peuple, héroïque dans ses camps, est la plus inconstante des anarchies dans ses gouvernements.» Napoléon, convaincu, mais cachant ses desseins, flatte les Polonais pour en être flatté, et les sacrifie sans scrupule aux conférences de Tilsitt avec l'empereur de Russie.

M. de Talleyrand ne lui sert qu'à donner de la grandeur, de la grâce, de la décoration à la conférence.

L'empereur de Russie en sort enivré, la Prusse irritée, l'Autriche ombrageuse, M. de Talleyrand plein de sinistres pressentiments sur la folie de livrer l'Orient aux Russes. Il médite d'échapper le plus tôt possible à la responsabilité d'une diplomatie qui méconnaît les intérêts permanents de la France pour des intérêts transitoires qu'une bataille crée et qu'une autre bataille détruit. «Ce n'est plus un ministre qu'il faut à l'empereur, dit-il, ce sont des commis.» À travers la victoire, il voit la perte de tout système français, en Turquie comme en Allemagne. Il se laisse nommer à une dignité inamovible, celle de grand électeur, afin de colorer sa sortie du ministère par une situation neutre dans le gouvernement des affaires européennes. Napoléon craint d'aliéner une pensée si vaste et si profonde de son gouvernement; il la décore en l'éloignant. L'humeur du soldat et du diplomate couvent et s'enveniment sous les apparences d'une satisfaction mutuelle. M. de Champagny prend le ministère, c'est-à-dire que Napoléon le retient à lui seul.