‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 114 sur 158 · XXXVII

XXXVII

Des ministres inhabiles, ou trop compromis dans sa cause, n'avaient ni les vues supérieures, ni l'autorité européenne, ni le caractère indépendant nécessaires pour imposer à leur maître et à l'Europe. La diplomatie de Maret n'était que la foi d'un sectaire; la diplomatie de Caulincourt n'était que l'horreur de voir remonter les Bourbons sur le trône de France: l'un défiait toujours au nom de son maître à demi vaincu; l'autre concédait tout, pourvu que le trône impérial restât debout sur les ruines de la France. On ne comprend pas que M. Thiers ait donné à ce favori de Napoléon la qualification de grand citoyen, de profond négociateur, d'homme d'État. C'est abuser des plus grands mots de la langue politique; c'est décréditer l'estime et la reconnaissance des peuples que de décerner de pareils titres à des instruments, qui n'ont eu d'autre diplomatie que l'excès de confiance dans la bonne fortune, et l'excès d'abnégation dans la mauvaise. Le silence est plus juste que l'éloge quand il s'agit d'hommes qu'on ne peut louer et qu'on ne veut pas accuser. M. Maret, en diplomatie, ne fut qu'un secrétaire de cabinet; M. de Caulincourt ne fut qu'un parlementaire entre deux camps. Napoléon les employait, mais ne les consultait pas. Quand Napoléon voulait penser, et non brutaliser l'Europe, il appelait encore de temps en temps Talleyrand, le seul homme qui portât dans sa tête une tradition, un système, un avenir.