IV
On a vu comment, sous la monarchie de Juillet, M. de Talleyrand sauva la paix aux conférences de Londres.
Une fois M. de Talleyrand mort, nul de nos hommes d'État, quoique éminents, n'avait sur le roi Louis-Philippe et sur les cabinets européens l'ascendant, l'expérience et l'autorité acquise nécessaires pour diriger d'une main magistrale le système extérieur de la France. La diplomatie errait comme un aveugle, à tâtons, d'un pôle à l'autre; le roi seul avait une volonté fixe, la paix, non parce qu'elle est la paix, mais parce qu'elle est l'immobilité.
Cette volonté diplomatique du roi Louis-Philippe était sans cesse contrariée et contrainte par les cabales parlementaires, qui reprochaient à ce gouvernement sa seule vertu, et qui lui remettaient sans cesse sous les yeux, comme un contraste, les grandeurs de Napoléon, sans parler jamais des catastrophes et des expiations de ce génie qui avait dépensé deux fois la France pour payer sa gloire personnelle.
Tantôt on poussait la diplomatie de Louis-Philippe à la restauration chimérique de la Pologne, restauration que Napoléon lui-même, à la tête de sept cent mille hommes et campé à Varsovie, n'avait pas osé tenter.
Tantôt on la poussait à humilier ou à coaliser l'Allemagne au nom des limites du Rhin; tantôt à braver l'Angleterre, qui ne pouvait que s'en réjouir, en conquérant en Afrique un onéreux empire dont la France aurait la charge et dont l'Angleterre nous couperait la route en cas de guerre par de nouveaux Trafalgars et par d'autres Aboukirs.
L'Algérie était certainement un bras de la France engagé à perpétuité avec cent millions et cent mille hommes de l'autre côté d'une mer qui n'est pas à nous; diminution immense de nos forces actives, de nos budgets, de nos soldats, gage de dépendance donné à l'Angleterre toujours prête à nous dire: «Ou la paix servile, ou l'Algérie perdue, comme l'Égypte sous Napoléon, grâce à nos escadres et aux Arabes soulevés par nous contre votre naissante colonie!»