‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 155 sur 158 · XXX

XXX

La république de 1848, mieux placée que la royauté à deux visages de Juillet, n'eut pas le temps d'avoir un système d'alliance. Préserver la paix du monde était assez pour elle; elle la préserva: «Ne préjugeons rien,» dis-je à l'ambassadeur d'Autriche, le loyal comte Appony, que j'honorais de la plus juste estime depuis longues années; «dites à votre cour que nous ne lui demandons pas la paix, ce serait une lâcheté indigne de la France; que nous ne lui déclarons pas d'hostilité préconçue, ce serait une provocation funeste à l'Europe; que nous ne sommes avec elle ni en guerre ni en paix, mais en expectative inoffensive; que c'est à votre cour à faire elle-même sa situation envers nous et notre situation envers elle; que la république légitime, qui n'a point d'intérêt dynastique, est compatible avec toutes les monarchies légitimes, et que rien n'empêche de nouer, au besoin, entre la république et l'Autriche, l'alliance des rois et des peuples qui se respectent dans leurs droits réciproques. Un pas de vous en Italie pourrait nous y faire descendre. Nous nous préparons aux événements, non par ambition, mais par devoir. Nous ne soulèverons ni l'Italie ni la Hongrie; nous ne prendrons pas la responsabilité du chaos. Les soulèvements spontanés des peuples conquis sont des droits, les soulèvements artificiels par l'étranger sont des crimes: nous ne ferons jamais la diplomatie des crimes.»

J'envoyai, peu de temps après cette conversation, un diplomate confidentiel en observation à Vienne pour y tenir le même langage, et, sans la guerre d'agression du roi de Piémont à l'Autriche, un système d'alliance, fondé sur des concessions libérales et nationales en Italie, pouvait s'ébaucher entre la république et l'Autriche. Les bases en étaient déjà éventuellement posées: elles étaient des bornes très-reculées de l'Allemagne en Italie; mais elles n'étaient pas un empire de trente millions d'hommes, improvisé au profit d'un roi guerrier et d'un pays militaire contre l'Allemagne et contre la France.