‹ Cours familier de Littérature - Volume 10Chapitre 91 sur 158 · XIII - XIV

XIII - XIV

De plus, ce ressentiment très-fondé de l'Angleterre contre Louis XVI et contre la France, en 1790, menaçait de compliquer la révolution et de diviser la cause des peuples libres en Europe, en divisant la France et l'Angleterre.

Or il y avait alors, comme il y a encore en France, deux esprits révolutionnaires très-distincts et très-opposés: l'esprit philosophique de la révolution, et l'esprit turbulent de la guerre.

L'un était l'esprit des hautes classes, y compris le club des Jacobins, les hommes de paroles, de systèmes, d'utopies, de réformes, de liberté, d'égalité pratiques: ceux-là regardant la paix et la fraternité entre les peuples comme le premier bienfait de la révolution; les autres, passions populaires et soldatesques plus qu'intelligentes, vociférant la guerre universelle à grands cris, et surtout la guerre à l'Angleterre, par ce vieux ressentiment hébété qui fait partout appel à son bras, ne pouvant pas faire appel à sa tête, brutalité des places publiques et des casernes, qui n'a pour diplomatie que des vociférations et pour traités que des levées en masse.

Les assemblées, les journaux et les clubs voyaient lutter dans leurs feuilles, dans leurs harangues, ces deux esprits. La guerre à tout le monde, et, avant tout le monde, à l'Angleterre, était le texte délirant des sociétés les plus populaires, à l'exception des supériorités de ce parti, assez hommes d'État pour comprendre que la guerre dévorerait, au premier coup de tambour, la liberté et la révolution.