‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 100 sur 176 · XXXV

XXXV

Mais l'espace me manque ici pour vous entr'ouvrir seulement le trésor de ces loisirs philosophiques de Cicéron. Nous allons, dans un dernier entretien sur ce grand homme, vous initier plus avant dans cette sagesse antique, résumée par la plus brillante parole de l'antiquité.

C'est ainsi qu'il se reposait de la vie et qu'il se préparait à la mort dans ce dialogue sur la mort. Quelques amis, fidèles à sa mauvaise fortune, lui prêtaient encore l'oreille et le coeur; ses livres, recueillis avec amour en Grèce pendant ses voyages ou ses exils, lui ouvraient leurs pages consolatrices; les arbres qu'il avait plantés dans sa jeunesse à Tusculum ou à Astur, ses maisons des champs, ne lui avaient pas été ravis, du moins avant sa mort, par l'ingratitude de sa patrie et par la nécessité de ses créanciers. Les rigoles qu'il avait dérobées à l'_Anio præceps_ pour en irriguer ses jardins, qui murmuraient encore sous ses platanes et remplissaient ses portiques champêtres de leur rumeur et de leur fraîcheur; le temple sépulcral qu'il avait élevé à sa fille chérie pour diviniser ses regrets brillait encore à l'horizon de la Sabine comme un appel aux pensées graves et comme une promesse des éternelles réunions; il remplissait sa vie et il célébrait la mort sans savoir encore de quelle mort il devait périr, mais sûr du moins que ce ne serait pas d'une mort honteuse.

Tel était Cicéron au moment où il écrivait cette première _Tusculane_. Nous allons suivre sa plume jusqu'à la dernière ligne de cette grande vie; elle ne fut qu'un grand travail pour l'immortalité.--Il ne se trompa pas.

LAMARTINE.

LXIVe ENTRETIEN.

CICÉRON