‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 158 sur 176 · VIII

VIII

Quand Rousseau touche à la question des gouvernements, il devient plus inintelligible encore; il est impossible de tirer de ses divisions, subdivisions, pondérations, un seul mode de gouvernement applicable.

Toute affirmation de pouvoir y est contredite par une négation. Démocratie, aristocratie, monarchie représentative, monarchie absolue, démagogie sans limites, sans capacité et sans responsabilité, théocratie sans contrôle et sans réforme possible; divinité de Dieu incarnée dans le pontife ou dans le corps sacerdotal, gouvernements mixtes, où les pouvoirs se gênent par les frottements ou bien s'équilibrent dans l'immobilité par les contre-poids; despotisme, tyrannie, anarchie, enfin maximes destructives de tout gouvernement, telle que celle-ci:

«LA SOUVERAINETÉ NE PEUT ÊTRE REPRÉSENTÉE PAR LA MÊME RAISON QU'ELLE NE PEUT ÊTRE ALIÉNÉE, PARCE QU'ELLE CONSISTE DANS LA VOLONTÉ GÉNÉRALE, ET QUE LA VOLONTÉ NE SE REPRÉSENTE PAS!» Idéalité abstraite substituée à toute réalité pratique, et qui rend tout gouvernement impossible en le rendant purement _idéal_.

Écoutez cette autre maxime, non moins anarchique par ses conséquences: «À L'INSTANT OÙ UN PEUPLE SE DONNE DES REPRÉSENTANTS, IL N'EST PLUS LIBRE, IL N'EXISTE PLUS!» Maxime qui conduirait le peuple à l'ubiquité de temps, de lieu, de fonction, d'aptitude, ou à la servitude et à l'anéantissement! Maxime que nous avons vu resurgir des théories métaphysiques de nos jours, maxime renouvelée des rêveries de J.-J. Rousseau; maxime qui ne renverse pas moins tout bon sens que toute société nationale!