‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 2 sur 176 · II

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Or la France peut-elle espérer un allié fidèle, solide, permanent, dans ce grand peuple anglais? Je le dis avec regret, mais je le dis avec courage: non! L'égalité de grandeur, quoique de grandeur diverse dans les deux peuples, s'y oppose; il faudrait pour cela que l'Angleterre renonçât à la terre ou que la France renonçât à la mer, et que chacun de ces deux peuples se contentât de l'empire d'un seul des deux éléments. Voyez le blocus continental de Napoléon provoquant le blocus maritime de l'Angleterre! L'orgueil légitime de l'Angleterre n'abdiquera jamais (et nous ne l'en blâmons pas) une grande part d'influence et d'action sur le continent européen.

L'ambition, légitime aussi, de la France n'abdiquera jamais une part de prétention navale considérable sur les mers. Son commerce n'en aurait pas besoin; ses colonies pourraient s'anéantir sans ruiner la mère patrie, décoration plutôt qu'élément vital de sa puissance: mais son aptitude à la marine militaire, mais ses grandes gloires et la défense de ses côtes, ne lui permettent pas cette abdication. Entre la France et l'Angleterre, il y aura donc toujours, et organiquement, trois grandes choses: la mer d'abord, l'influence continentale ensuite, enfin la passion, troisième élément plus indomptable encore que les deux autres; la passion de la rivalité, qu'une grande nécessité peut faire taire un moment, mais qui ne mourra jamais entre ces deux jumeaux, qui se combattent dans le sein de leur mère, l'Europe.