‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 32 sur 176 · III

III

On ne peut lui reprocher que deux fautes: la vaine gloire dans la contemplation de lui-même, et des faiblesses réelles ou plutôt des indécisions regrettables, à la fin de sa vie, envers les tyrans de sa patrie. Mais ces deux fautes, si on étudie bien son histoire, ne sont pas les fautes de son caractère: elles sont surtout les fautes de son temps.

La vaine gloire était la vertu des grands hommes à ces époques où une religion, plus magnanime et plus épurée des vanités humaines, n'avait pas encore enseigné aux hommes l'abnégation, la modestie, l'humilité, qui déplacent pour nous la gloire de la terre, et qui la reportent dans la satisfaction muette de la conscience ou dans la seule approbation de Dieu.

Et, quant aux compositions avec les événements et avec les tyrannies qu'on reproche de loin à Cicéron, il faut se reporter à l'état de la république romaine, à la corruption des moeurs, à la lâcheté du peuple, à l'énervation des caractères de son temps, pour être juste envers ce grand homme. À aucune époque de sa carrière civile il n'a montré devant son devoir une hésitation. S'il faiblit devant César, il ne faiblit pas devant la mort; mais, pour appuyer le levier de cette force d'âme qu'on lui demande, et pour soutenir seul la république contre César, il lui fallait un point d'appui dans la république: il n'y en avait plus. Ce n'était pas le levier qui manqua à Cicéron, ce fut le point d'appui. On peut plaindre le temps, mais non accuser le citoyen.