‹ Cours familier de Littérature - Volume 11Chapitre 67 sur 176 · IV

IV

Celle de Cicéron était répandue dans tout l'univers romain et décimée par tout le monde, en sorte que ce n'est pas seulement le génie qu'il faut admirer dans Cicéron, c'est la volonté. Il ne perdit pas une heure dans toute sa vie, pas même l'heure de sa mort; il écrivait encore on ne sait quoi sur ses tablettes dans sa litière, au moment où, arrêté par les sicaires d'Antoine, il leur tendit sa tête pour mourir.

C'est l'amour de la campagne qui multipliait en lui le goût et le temps des études. Cet amour était très-habituel aux grands Romains, nourris par la louve, et fils de Cincinnatus, le grand laboureur. Le sol de la Sabine, celui de Rom, celui de la Campanie (Naples), étaient couverts de leurs maisons des champs. Scipion, Pompée, Lucullus, Sylla, César, Cicéron, Brutus, Caton et plus tard Horace possédaient partout des _villas_ où ils se retiraient du bruit de Rome. Cicéron, aussitôt qu'il avait un jour d'inaction, allait s'enfermer à Tusculum, au milieu de ses livres, accompagné de ses secrétaires et quelquefois d'un ou deux amis. Là il préparait ou revoyait ses harangues, enlevant avec la plume les imperfections de la parole; il dictait les règles des différents genres d'éloquence, il composait ses deux poëmes épiques, il commentait la philosophie grecque de Platon, il la dépouillait de ses rêveries sophistiques, il la fortifiait par cette sévérité logique et expérimentale, caractère de la haute et sévère raison des Romains. Enfin il s'élevait de raisonnements en raisonnements jusqu'au ciel, et il y découvrait, autant que la faible intelligence humaine le permet, la vraie nature de la Divinité, unique, infinie et parfaite à travers le nuage des idolâtries de son temps. Puis il se délassait de ces théologies philosophiques par des traités familiers sur la vieillesse, lui pour qui la vieillesse n'était que la récolte d'automne de sa vie. Parcourons ses oeuvres.