XXI
Voilà ce qui nous reste de ce livre des _Académiques_. Ce mélange de la vie publique et de la vie méditative, cette alternative de l'éloquence et de la philosophie dans la vie du même homme d'État, qui allait mourir sous le glaive des sicaires d'Antoine après avoir combattu les sicaires de Clodius, ne se retrouve dans aucun de nos grands hommes de tribune moderne au même degré. Chatam et William Pitt n'élevaient pas leur âme à ces hauteurs sereines de la pensée; Mirabeau et Vergniaud perdaient la moitié de leur force en descendant des tribunes; ils n'écrivaient pas du même style sur les lois et sur la Divinité. Bossuet lui-même n'était pas homme public à la mesure de Cicéron; plus libre que l'orateur romain comme orateur, il n'avait à lutter ni contre les tumultes du sénat, ni contre les démagogues, ni contre la tyrannie de César, ni contre les assassins d'Antoine; il n'avait qu'à servir un roi, à ménager en pontife habile le prince et sa conscience, à mourir sur les escaliers de Versailles en sollicitant pour un indigne neveu la continuation des faveurs d'Église conquises par son propre génie de théologien et d'écrivain. Si l'orateur est égal ou supérieur dans Bossuet, l'homme est plus universel et plus intrépide dans Cicéron. Ajoutons que, pour son temps, Cicéron est personnellement plus philosophe: car Bossuet répète la philosophie sacrée du christianisme, et sa force n'est que sa foi.