‹ Cours familier de Littérature - Volume 12Chapitre 59 sur 183 · XVIII

XVIII

«Le 15 des calendes de janvier, à la nouvelle de la défection des légions et des cohortes à Narni, Vitellius sort de son palais, vêtu de deuil et entouré de sa famille éplorée; on portait près de lui, dans une petite litière, son fils en bas âge comme dans une pompe funèbre. Les paroles du peuple, à l'aspect de ce cortége, étaient décourageantes et intempestives; les soldats restaient dans un silence menaçant.

«Nul cependant n'était assez insensible aux vicissitudes des choses humaines pour ne pas s'émouvoir à ce spectacle. Le souverain des Romains, si peu de temps auparavant, le maître de l'univers, abandonnant le siége de sa puissance, sortait de l'empire, à travers son peuple, au milieu de sa capitale.

«Jamais on n'avait rien contemplé, jamais rien entendu de comparable.

«Une conjuration soudaine avait assailli le dictateur Jules César; des embûches cachées avaient fait trébucher Caligula; les ténèbres de la nuit et une maison de campagne obscure avaient abrité la fuite de Néron; Pison et Galba étaient tombés comme sur un champ de bataille; Vitellius, au contraire dans une assemblée publique, au milieu de ses propres soldats, en présence même des femmes, parla en termes brefs et convenables à la tristesse présente de sa situation.»