‹ Cours familier de Littérature - Volume 12Chapitre 77 sur 183 · XXXVIII

XXXVIII

«Néron évitait depuis quelque temps, dit Tacite, de se trouver seul avec elle. Quand elle parlait de s'éloigner pour aller se retirer dans ses jardins de Tusculum ou dans ses champs d'Antium, il l'encourageait à chercher ces loisirs.

«À la fin, quelque éloignée qu'elle fût, harassé de son image, il résolut de s'en affranchir par le meurtre, indécis seulement sur le moyen: le fer, le poison ou quelque autre mort.

«Il inclina d'abord vers le poison; mais, si on le donnait à la table de l'empereur, on ne pouvait éviter de réveiller le souvenir du genre de mort de Britannicus, et il paraissait difficile de corrompre les esclaves d'une femme à qui l'habitude de commettre le crime avait appris à se préserver de telles embûches. D'ailleurs elle-même, par l'usage du contre-poison, avait prémuni sa vie contre ce genre de mort. Quant au meurtre et au glaive, comment cacher la main, ou comment trouver un exécuteur assez dévoué pour ne pas faillir à l'ordre d'accomplir un forfait si éclatant?

«L'affranchi Anicétus offrit son ingénieux ministère; commandant de la flotte de Misène, précepteur de Néron enfant, il était odieux à Agrippine, et animé contre elle de la haine qu'elle lui portait.

«Il proposa donc à Néron de construire un navire dont une partie, s'entr'ouvrant tout à coup en pleine mer, engloutirait Agrippine sans soupçon de piége. Rien de si hasardeux que la mer, et, si Agrippine avait disparu dans un naufrage, qui serait jamais assez injuste pour imputer à un crime l'oeuvre accomplie par les vents ou les flots? L'empereur consacrerait à sa mère, après sa mort un temple, des autels, et toutes les autres ostentations de la piété d'un fils.

«L'invention plut; elle était même servie par l'époque de l'année. Néron célébrait alors à Baïes les fêtes des vingt jours.»