LVI - LVII
Est-ce de la passion?
Voyez le délire de l'amour de Néron pour Poppée, et ces soupçons d'inceste jetés dans l'ombre pour préparer l'esprit du lecteur à tous les genres de forfaits.
Est-ce le drame?
Voyez l'assassin qui sourit pour donner confiance à sa victime, qui s'avance à sa rencontre, qui l'embrasse sur les yeux et sur le sein.
Voyez cette mère qui s'inquiète et qui se rassure, qui sort heureuse du long festin de réconciliation, et qui monte avec une amie tranquillement sur la barque pour jouir du spectacle de sa dernière nuit.
Voyez renaître son anxiété involontaire à la réflexion des étranges circonstances de ce naufrage en plein calme des vents et des flots.
Voyez son silence prudent quand les matelots l'appellent.
Voyez son étonnement quand aucun message ne revient du palais après la nouvelle de son danger et de son salut.
Voyez son isolement dans cette chambre, éclairée d'une seule lampe avec une seule esclave.
Voyez au même instant, dans le palais voisin, la criminelle angoisse du fils qui tremble d'avoir encouru le châtiment sans avoir même le bénéfice du crime.
Voyez le départ muet d'Anicétus avec sa bande d'assassins.
Voyez la foule qui s'écarte, le glaive du centurion levé sur le lit; écoutez le dernier mot, le seul mot, le mot qui éclate et qui résume: _Ventrem feri!_ Frappe au ventre; ce ventre criminel est justement puni, puisqu'il a enfanté Néron!