‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 113 sur 217 · DEUXIÈME PARTIE. - I.

DEUXIÈME PARTIE. - I.

Qu'ai-je dit, en effet, en commençant ce cours littéraire d'une nouvelle espèce?

J'ai dit que tous les arts étaient littéraires, parce que l'objet de tous les arts était d'exprimer des pensées ou de communiquer des sensations.

J'ai prouvé ce caractère littéraire de la musique dans mes Entretiens sur _Mozart_, et ce caractère littéraire de la peinture dans mes Entretiens sur _Léopold Robert_. Nous allons aujourd'hui vous entretenir de la sculpture, littérature éternelle, qui, au lieu d'écrire des sons pour la voix humaine, ou au lieu d'écrire des couleurs sur une toile pour l'oeil, ou au lieu d'écrire des lettres sur un papier fragile pour la pensée, écrit en lettres de bronze ou de marbre des formes pour le toucher.

La sculpture, en effet, est la littérature palpable, la littérature du _toucher_.

Cette littérature palpable n'en produit pas moins des impressions, des sensations et des pensées; elle est la plus naturelle, la plus simple et la plus réelle des reproductions de la nature par la main de l'homme, et par cela même il est vraisemblable qu'elle a été le premier des arts inventés par l'espèce humaine. Regarder une figure qui charme, prendre dans sa main une poignée d'argile humide, pétrir cette argile sous ses doigts et chercher à lui donner les formes de la figure que l'on admire, quoi de plus naturel d'instinct? quoi de plus simple de procédé? C'est un jeu d'enfant; et, si un philosophe recueilli a inventé l'écriture, si un oiseau inspiré a inventé la musique, si un opticien coloriste a inventé la peinture, nous pensons que la sculpture a été inventée par un enfant.