‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 115 sur 217 · III. - IV.

III. - IV.

Ces trois noms: Phidias, Michel-Ange, Canova, n'expriment pas, à Dieu ne plaise, tout l'art dont ils sont les artistes souverains à trois époques de l'humanité; mais ils résument, en trois éclatantes individualités, la sculpture dans l'antiquité, la sculpture dans la renaissance, la sculpture moderne dans notre temps.

J'ai eu le bonheur de les connaître presque intimement par leurs oeuvres, à Athènes, à Rome, à Florence: Phidias au Parthénon, Michel-Ange au tombeau des Médicis à San-Lorenzo, Canova à Saint-Pierre de Rome et dans son atelier. J'y passais des journées entières à le voir travailler et à respirer la poussière de son génie à chaque coup de ciseau. À ces trois titres, j'ose donc parler ici de ces trois grands hommes; à un autre titre encore, j'aime à parler de statues.

La sculpture est à mes yeux le premier des arts de la main: pourquoi? parce que c'est le plus vrai. Il y a trop d'illusion dans la peinture, trop d'optique, trop de chimie, trop de mathématique, trop de prestige. Il faut un laboratoire de chimiste pour préparer une palette; un morceau de marbre, un ciseau et un génie, voilà tout l'attirail d'un statuaire. D'ailleurs, deux sens sont convaincus et satisfaits à la fois par l'oeuvre de l'artiste: l'oeil voit, la main touche; l'un de ces sens rend témoignage à l'autre, l'admiration enveloppe la statue par toutes ses faces; la beauté, l'éclat et le poli de la matière d'où la statue semble naître immortelle, ravissent également le regard et le tact; son éternité même imprime un respect de plus aux sens qui en jouissent. On se dit: Cet Antinoüs de chair mourra, mais cet adolescent de marbre vivra autant que l'élément dont il est formé. Une statue, c'est la pétrification de la beauté fugitive. Où est la femme qui a servi de modèle à la Vénus de Milo? Mais cette femme de marbre, la voilà tout entière.

Nous ne doutons pas que cette passion naturelle de l'homme d'immortaliser ce qui est beau, mais ce qui passe, n'ait été le principal mobile de l'art de la sculpture. C'est une aspiration sublime et réalisée de l'homme à l'éternité; c'est la religion de la beauté: «TU BRILLES, TU PASSES, MAIS JE TE DIVINISE!»