XIV.
J'ai commis une erreur légère dans le récit de l'entrevue de Louis XVI au Temple, au moment du procès. Le vénérable fils de M. de Sèze a remué ses souvenirs de quatre-vingts ans pour me prouver l'inexactitude de détail de mon récit en ce qui touche son père. Il ne veut pas d'une gloire dérobée, même pour ajouter à celle de son père. Ce n'est pas à M. de Sèze que Louis XVI, n'ayant plus rien à offrir en signe de reconnaissance, offrit sa cravate comme une dernière relique de son coeur; c'est à un brave commissaire de la commune de Paris, nommé Vincent. Vincent n'avait brigué ce rôle de surveillant du Temple que pour y porter, sous l'apparence de la sévérité, toute la compassion et tous les bons offices de son dévouement à la famille royale. C'est à lui que le roi donna sa cravate. Il récompensa M. de Sèze en le faisant asseoir à sa table, à ce dernier banquet, à cette _cène_ de la royauté mourante, et en lui conférant ainsi ce privilége de haute noblesse, noblesse de l'âme, si supérieure à celle du rang. Sur le refus de Target, qui affligea à jamais l'éloquence, M. de Sèze avait brigué le danger de mourir en défendant non la couronne, mais l'innocence. M. de Malesherbes mourut pour crime de dévouement, M. de Sèze en reçut la récompense dans l'éternel honneur de son nom. Il y avait du reste une chevalerie héréditaire dans le sang de cette famille des de Sèze, d'origine espagnole, qui retrouva à la tribune, dans la plus illustre des causes, une illustration égale à l'illustration des armes. Je n'ai pu serrer sans un respectueux attendrissement cette main de vieillard qui avait serré celle de son père, qui avait serré celle du plus juste et du plus malheureux des rois.
Qu'on daigne relire en effet le jugement hardi d'idées, mais implacable de justice, par lequel je termine le récit du jugement de Louis XVI, même en me plaçant au point de vue de la nation répudiant la royauté.