XVII.
Le sort que lui réservaient les premiers maîtres en littérature et en politique le fit rappeler de Constantinople à Londres, vers 1822, pour servir de second à M. de Chateaubriand, en Angleterre.
M. de Chateaubriand, qui promenait son ennui à Londres pour délivrer les ministres de l'embarras de sa présence inquiète à Paris, le reçut comme un fils dans son ambassade; heureux de reparler avec ce jeune et spirituel disciple de cet Orient qu'il avait visité quelques années plus tôt. M. de Marcellus lui plut comme il avait plu à M. de Rivière.
C'était le moment où l'intérêt diplomatique du monde était reporté tout entier en Espagne, à Naples, à Turin, et où le congrès de Vérone devait bientôt appeler sur la scène des négociations toutes les cours de la Sainte-Alliance. En ce temps-là, les rois, encore tout fiers de leurs succès, reconnaissaient une cause générale des rois supérieure à toutes les causes secondaires des jalousies nationales, des rivalités d'ambition, ou d'influence des cours; une véritable ligue politique des gouvernements légitimes subordonnait toutes ces rivalités locales à son intérêt et à une doctrine d'ensemble des monarchies. L'Autriche venait d'intervenir à Turin et à Naples contre les carbonari.
Charles-Albert, prince royal de Piémont, tour à tour complice ou proscripteur des révolutionnaires piémontais, venait de faire défection à la cause italienne à Novare et de se réfugier en Toscane, et ensuite à Paris, pour obtenir l'honneur de combattre en Espagne les carbonari qu'il venait de déserter à Turin; son pardon était au prix de cette palinodie; il le mérita bien pendant vingt ans d'un gouvernement asservi aux jésuites. En 1848, il se repentit de son repentir, et alla mourir vaincu, on ne sait dans quel parti, en Portugal; la révolution en fit un héros de circonstance. Son fils, le roi actuel de Piémont, hérita de son ambition et de sa valeur comme soldat; il fut le premier de ces princes qui préparèrent des armées et des alliances à la révolution radicale d'Italie, pour y renverser des papautés, des nationalités et des trônes, et qui posèrent ainsi la question indécise: Lesquels seront les dupes, après l'oeuvre confuse, des rois ou des peuples? Si ce sont les rois, les trônes auront disparu; si ce sont les peuples, les peuples seront asservis.
L'oeuvre qui se continue aujourd'hui en Italie est encore en partie l'oeuvre des carbonari d'Espagne en 1820.
Nous sommes à la même date, avec le roi de Piémont de plus et la France.
La fédération des puissances italiques, avec des institutions représentatives, était le mot vrai de la situation dans la Péninsule; il n'a pas été prononcé à temps. L'Italie en souffre, et sa marche en sera retardée par de cruelles réactions.