XIX.
Le génie et la passion sont quelquefois politiques.
M. de Chateaubriand avait de la passion et du génie: passion de jeune émigré pour les Bourbons, dieux de sa jeunesse; génie des hautes affaires, qui donne aux hommes comme lui les grandes inspirations pour les républiques ou pour les monarchies. Il sentait que les Bourbons devaient quelque chose de grand au monde pour se faire pardonner l'abaissement de la France, qui n'était pas leur ouvrage, et dont l'injustice publique les rendait responsables.
Il leur inspirait la guerre en Espagne, guerre qui était dans leur nature, guerre de restauration, de constitution même; guerre d'intervention contre la démagogie espagnole et contre l'insurrection militaire, mais guerre désintéressée de toute conquête.
Cette guerre, qui flattait l'ambition de gloire de l'armée, était surtout politique, en ce qu'elle engageait l'armée mécontente à servir sous un Bourbon pour un Bourbon, et à tirer un premier coup de feu pour leur cause. Ce coup de fusil vaudrait mille serments.
Le premier ministre, M. de Villèle, qui gouvernait alors sagement, mais sans audace, répugnait à cette guerre et se plaisait à temporiser; M. de Chateaubriand avait pour M. de Villèle le dédain secret des hautes imaginations pour les timides conseils; il brûlait de la passion d'amener un congrès, bien convaincu que l'éclat de son nom forcerait M. de Villèle à l'y envoyer, et qu'une fois envoyé à Vérone, en apparence sans parti pris, il serait maître des résolutions de l'Europe. Pour cela, il fallait vaincre la répugnance de l'Angleterre en séduisant ou en domptant M. Canning. C'est à quoi il travaillait à Londres, quand M. de Marcellus l'y rejoignit.