XXIII.
Autant qu'il nous en souvient, car nous écrivons ceci sans document daté sous les yeux, et seulement de mémoire, dans la solitude d'une campagne isolée, M. de Marcellus quitta Londres, peu de temps après que M. de Polignac y fut arrivé, comblé des marques de satisfaction du roi. Il fallait lui donner une compensation dans un poste diplomatique en chef; il méritait qu'on lui en trouvât un: on créa ce poste auprès d'un prince de la maison de Bourbon d'Espagne, fils de la reine d'Étrurie, qui régnait alors à Lucques et qui devait, après Marie-Louise, régner à Parme.
M. de Marcellus venait alors d'épouser, à Paris, une femme d'une naissance éminente, d'un esprit héréditaire, d'une beauté remarquée dans son siècle, mademoiselle de Forbin, fille du comte de Forbin, directeur des musées, homme dont les agréments de figure, les succès de salon ou de cour sous deux règnes, l'esprit épigrammatique, et les talents en peinture et dans les lettres, faisaient un ornement de l'époque impériale, dépaysé dans le royalisme de la Restauration.
Madame de Duras eut la première idée de cette alliance. Madame de Marcellus, extrêmement jeune encore, suivit son mari, plus grave et plus mûr, dans les cours d'Italie. Je l'avais entrevue enfant pendant mes courts séjours à Mâcon, dans des fêtes chez ma mère, comme un éblouissement précoce d'aurore qui promet une splendeur de beauté plus tard; quand la beauté tient ses promesses, elle devient monumentale, et ce fragile monument de la nature devient immortel et classique par le souvenir.